47 Storeys, 2018

3 Channel Video Installation

11 minutes

<i>47 Storeys</i>, 2018 – 47 Storeys <span class="photo-credit"> – Y <a href="http://paullitherland.com/artsite_wp/wp-content/uploads/2018-09-04_47StoreysPaulLitherlandMoniqueMoumblow4000px-1200x800.jpg" target="_blank"><img src="http://paullitherland.com/artsite_wp/wp-content/themes/artpress-child/img/artworkDownloadImg.png" title="télécharger image / download image" /></a>
 
47 Storeys, 2018 – 47 Storeys – Photo: Paul Litherland

  1. Paul Litherland says:

    « C’est la vie jusqu’à ce que mort s’ensuive. » Grace Paley

    Les expériences que nous transformons en récits font partie intégrante de notre devenir. Par contre, certains récits dont nous nous rappelons sont plus marquants que d’autres. Ces récits sont souvent composés de « souvenirs vitaux » (Brown et Levy) qui évoquent un moment tragique ou traumatisant dans la vie de quelqu’un. Les récits vitaux ne sont pas toujours cohérents ou constants. Il se peut qu’on les raconte un peu différemment, qu’on ne se rappelle que de fragments ou qu’on les embellisse. Même si on les partage avec d’autres, il est possible que nous réprimions ou oubliions des détails avec le temps.

    47 Storeys est une histoire vitale de ce type. En 1996, Paul Litherland se rend dans un bar au sommet d’un édifice très élevé, prend une bière, attend que les autres clients et le personnel quittent l’endroit, puis saute en parachute dans le ciel nocturne, atterrissant en toute sûreté dans la rue au grand étonnement de deux fêtards tardifs. Trois mois après le saut, craignant d’oublier des détails importants, Paul documente son aventure sur vidéo. Vingt années plus tard, il revisite l’événement avec Monique Moumblow. Ils refont le montage de la bande originale de quarante-trois minutes, la ramenant à onze minutes. Paul tente ensuite de reconstituer sa performance originale sur vidéo. Sur un écran, on voit Paul assis, en train de s’écouter avec un casque et de parler par-dessus son récit original. Sur un deuxième écran, Paul essaie de répéter sa performance originale, mot par mot et geste par geste. Sur le troisième écran apparaît le nouveau montage de l’original. Ces trois rendus différents du récit, à trois moments séparés, sont presque pareils, mais ils ne s’alignent jamais parfaitement. Peu importe le temps de pratique qu’on y met, le récit n’est jamais exactement ce qu’il était.

    47 Storeys est une lecture intelligente et légèrement humoristique de « l’acte performatif de fabrication de souvenirs » (Kuhn). Raconter le passé ré-active et catapulte les souvenirs dans le présent, souvent avec des aide-mémoire comme des bandes vidéo et un équipement de parachutisme que Paul conserve toujours et encore. Ses réminiscences maladroites et hésitantes mettent à nu son processus performatif de fabrication de souvenirs, alors que le passé et le présent se heurtent dans un moment temporel unique superbement mis en images dans cette vidéo à trois canaux.

    En réitérant ce récit vital, un Paul aux cheveux grisonnants et à lunettes bouge en parfaite harmonie avec son ancien moi. Cette collision temporelle invite à une réflexion à la fois sur les reconstitutions de souvenirs, les récits et les vicissitudes du vieillissement – « les liens toujours fluctuants entre les moi jeune et vieux » (Segal). On voit, on entend et on sent ces fluctuations, ressentant un vertige de médiation narrative : le souvenir « post-hoc » de Paul est rendu dans un récit et saisi sur une bande vidéo, laquelle a ensuite été rematricée numériquement dans le présent pour l’avenir. C’est l’absence de documentation de l’événement original – aucune image, photographie ou vidéo GoPro – qui rend le récit renouvelé de ce moment si nécessaire et fascinant. Heureusement, Paul a survécu pour retisser son histoire maintes et maintes fois.

    Auteure : Kim Sawchuk

    Kim Sawchuk est professeure et directrice de Ageing-Communication-Technologies (www.actproject.ca), Université Concordia.